31.08.2005
A la simon
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02.08.2005
Ardoise effacée de l'enfance
mon enfance est partie
au pays des rêves oubliés
et des cauchemars sans lendemain
que me reste-t-il
de l’oubli ?
ces sillons trop vite refermés
comme des cicatrices
où la blessure fait mal
au dedans
quand la peau est lisse
la terre
celle de Mémé, Pépé.
Mémé, Grand-Père,
et des autres
la terre
partie, enfuie
au travers de leurs mains
comme le sable
glissé
par mes mains larges
pognes qui ne serviront qu’à tourner les pages des livres
où le passé refait surface
pour me tacher la mémoire
Laval, 17 septembre 2004
repris, travaillé petit à petit depuis lors.
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31.07.2005
Quand nous étions mômes_Nouvelle
Quand nous étions mômes, mon frère et moi, nous jouions dans les champs autour de la ferme. On pouvait explorer et se prendre à l’aventure dans la nature qui s’offrait à nous. Elle nous donnait les arbres pour nous cacher ou faire le guet, les animaux comme ennemis imaginaires, les pâtures pour jungle et les champs pour terrains de batailles. La terre mêlée à nos doigts nous servait de peinture de guerre. Le tracteur du père était un char d’assaut qui patrouillait sur ces terres grumeleuses et excitait l’ennemi du rouge de sa carcasse. On se nourrissait de la brutalité du silence et de la bestialité du paysage. Nous étions des petits gars, qui se prenaient pour des hommes. Des fiers à bras qui exploraient le Tonkin ou chassaient le rhinocéros dans la brousse de l’Afrique Noire.
Mais c'est dans les champs de pomme de terre que nous risquions nos vies. En ces temps d’enfance où la vie et la mort se relayaient en se tapant dans la paume de la main comme deux bons vieux potes, la guerre faisait rage, elle était partout. Du matin jusqu’au soir. Les jours d’hiver quand des gaz inconnus nous obstruaient la vue et les poumons. En été quand le soleil brûlait de l’aube rouge au crépuscule sanglant. Nous étions là. Sur ces terres, nos chevaux-branches, brides abattues nous propulsaient l’un vers l’autre dans un duel où celui qui mourait, se relevait pour se venger en tirant de lourdes rafales de DCA-patates.
Nous poussions sur une terre que l’on se disputait. On savait que de l’autre côté, des barbares sans foi ni loi, nous avaient déjà attaqués et n’hésiteraient sûrement pas à recommencer. Des « frites » comme on disait, des moitiés de pommes de terre qui se laissaient pousser les tubercules pour voler les enfants dans nos campagnes. C’était écrit, notre fratrie combattrai Féro, ce soldat de la chanson du père. Féro, notre père l’avait vu de près, il lui avait même parler. Il en avait du courage, pour parler au diable. D’ailleurs il le portait sur lui le courage. Il l’avait ramené de la "guerre des guerres". Après avoir tranché le diable, sa joue avait été brûlée et recousue. Mal. Il ne parlait presque plus avec sa demi bouche sauf pour nous raconter ses histoires qui nous donnaient des frissons dans l’échine. Et lorsqu’il se mettait en colère, on voyait encore la lumière de l‘enfer danser dans ses yeux.
Dans nos campagnes, les pommes de terre, c’étaient la vie et la mort. On les faisait bouillir pour nourrir les cochons. Nous en mangions quatre fois par jour, à toutes les sauces. « C’est bon pour la santé » disait Mamé. Nous étions certains qu’elles nous donnaient la force nécessaire pour aller combattre aux champs. Et on en passait du temps aux champs. Quand il n’y avait pas d’école ou quand on était forcé de rester parce qu’il n’y avait pas assez de bras, nous nous occupions des champs de patates. Nous étions fiers de nous munir de nos outils pour aller éliminer la vermine. Souvent, on se lançait dans des courses poursuites où les obus et les mines explosaient sur nos flancs. Toujours, nous en réchappions miraculeusement. On préparait la terre avec le père et Papé. On plantait avec la mère et Mamé. On sarclait. On binait. On s’en lançait « queque’z’unes », lâchement, quand l’autre était baissé-blessé et qu’il s’agenouillait pour récupérer son arme. Ça faisait mal parfois. Mais pas autant que les fois où nous voulions nous sarcler la couenne, excédé par ce traître de frère qui gagnait trop souvent. Alors le père venait nous la réchauffer, en nous frottant l’un contre l’autre pour qu’on fasse la paix.
Aujourd’hui, je suis toujours penché. De plus en plus. Sur cette terre. Je travaille mollement les champs de tubercules. La vie a passé. Les souvenirs prennent la place de ces forces vives qui avaient tant besoin d’espace. L’odeur douce des pommes de terre qui mijotent sur le fourneau quand je rentre, me rappelle les guerres d’autrefois, les batailles pour rire, les coups de rien. Les vraies, elles, sont passées. Elles ont tranchées net, sans faire le tri. Les champs de patates transformés en champs de batailles ont produit des recettes de mines sautées. Et mon frère, ce môme à peine grand, a cru que l’on pouvait y goûter sans se brûler. Pour ma part, je verse quelques larmes de beurre sur les miennes et deux verres de vin pour ma solitude et mes souvenirs.
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